L’avocate féministe Roni Aloni-Sadovnik demande pourquoi des adolescentes violées ont accouché de bébés qui ont ensuite été adoptés
Comme avocate qui représente des
femmes qui avaient été violées ou abusées sexuellement dans leur
enfance, Roni Aloni-Sadovnik a entendu beaucoup de détails horribles de
la bouche de ses clientes. Chaque femme a sa propre histoire, mais les
récits personnels de trois de ses clientes – toutes des immigrantes
d’Ethiopie ayant demandé de l’aide pour obtenir des prestations sociales
destinées à des victimes de traumatismes – étaient si semblables
qu’elle a commencé à penser qu’il y avait peut-être un dénominateur
commun entre eux.
Aloni-Sadovnik
croit que ce lien est la négligence de la part des autorités
gouvernementales, et elle a décidé de publier les histoires de ces
femmes à la lumière du nouveau mouvement de protestation concernant le
traitement des immigrants éthiopiens par le système en place, le
gouvernement et la société israélienne en général.
Dans un post Facebook
du 10 mai intitulé « Une traite de bébés éthiopiens ? », Aloni-Sadovnik
détaille comment chacune des trois femmes (qui ont presque la trentaine
aujourd’hui) sont tombées enceintes suite à des viols subis quand elles
étaient enfants et ont été sorties de leurs maisons et remises au
département des services d’adoption du ministère des Affaires sociales.
Les trois jeunes filles ont mis au monde leurs nourrissons par voie
vaginale et les bébés ont été pris pour être adoptés.
À la fin de son
poste, Aloni-Sadovnik a soulevé la question de savoir si l’Etat
utilisait les filles d’origine éthiopienne comme « substituts forcés »
pour des Israéliens en attente d’adoption.
Dans une conversation avec le Times of Israel,
Aloni-Sadovnik a fait marche arrière sur ses insinuations concernant
des vols organisés ou un trafic potentiel de bébés éthiopiens.
Toutefois, elle maintient fermement ses accusations selon lesquelles les
ministères et organismes gouvernementaux ont fait preuve de négligence
dans le traitement de ces jeunes filles. Elle a exprimé ses soupçons :
d’après elle, ces cas particuliers ne sont probablement que trois
exemples de ce qui va se révéler être un phénomène de plus grande
envergure.
« Je suis sûre qu’il s’agit de plus que
seulement ces trois filles », a-t-elle dit . « Je suis sûre que c’est ce
qui se passe avec beaucoup de groupes à risque. Il n’y a pas que les
Ethiopiennes, mais elles sont la population la plus à risque. »
| L’avocate Roni Aloni-Sadovnik. |
Aloni-Sadovnik raconte que la première des
trois femmes est devenue enceinte à l’âge de 10 ans après avoir été
violée par un voisin. La Justice a imposé la remise de l’enfant pour
adoption aux services sociaux et le Ministère des affaires sociales l’a
emmenée dans un abri pour jeunes filles enceintes. Aloni-Sadovnik dit
avoir des documents prouvant que lorsque la jeune fille est arrivée à
l’hôpital pour accoucher, elle était accompagnée par une représentante
des services d’adoption, et qu’elle a donné naissance par voie vaginale à
l’âge de 11 ans. Le bébé a été pris pour adoption.
La deuxième femme est devenue orpheline à
l’âge de 5 ans. Le ministère de la Justice a nommé comme tuteur un de
ses oncles. Selon Aloni-Sadovnik, l’oncle était malade mental,
alcoolique et chômeur. Il l’a forcée à être la servante de sa famille et
l’a utilisée comme esclave sexuelle. La jeune fille est tombée enceinte
à 14 ans et a été remise par les autorités dans un abri pour filles
enceintes. Son bébé, qu’elle a accouché à 15 ans, a été pris pour
adoption.
Le troisième cas concerne une jeune fille qui a
été violée à plusieurs reprises par son frère. Quand elle est tombée
enceinte à 15 ans, elle a été expulsée de l’école et vivait dans les
rues. Les autorités de protection sociale l’ont ramassée et gardée dans
un endroit secret jusqu’à ce qu’elle accouche ; le bébé a été pris pour
adoption.
Aloni-Sadovnik a souligné que selon les
directives du ministère de la Santé, l’avortement doit être effectué
sans délai dans des circonstances particulières, y compris le viol,
l’inceste et lorsque la mère est trop jeune – autant de circonstances
qui concernent ses trois clientes.
Elle a affirmé que les autorités avaient été
négligentes en ne dirigeant pas les filles vers les services compétents
du ministère des Affaires sociales traitant des jeunes à risques et qui
se seraient rapidement organisés pour les faire avorter. Le fait que ces
filles, qui étaient devenues enceintes dans des circonstances de viol
et d’inceste, ont été remises pour une garde auprès des services
d’adoption l’a alerté.
« Les familles de ces jeunes filles étaient
connues des services sociaux. Pourquoi ceux-ci n’ont ils pas vu que
l’enfant était enceinte ? Pourquoi pas d’avortement ? » a demandé
Aloni-Sadovnik.
Elle a intenté un procès il y a quatre ans
contre le ministère de la Justice au nom de la deuxième jeune femme au
motif que le ministère de la Justice l’avait placée chez un tuteur qui a
abusé sexuellement d’elle. Selon Aloni-Sadovnik, le bureau du procureur
de l’État préfère ne pas aller au tribunal sur cette affaire et a
indiqué qu’il était prêt à trouver un arrangement dès la semaine
prochaine.
Aloni-Sadovnik a étudié la possibilité de
poursuivre les autorités gouvernementales au nom des deux autres jeunes
femmes. Un délai de prescription est applicable dans le cas de la
troisième femme, donc Aloni-Sadovnik ne pourra pas plaider en son nom.
Elle espère toujours intenter des poursuites contre le ministère des
Affaires sociales au nom de la première femme.
« C’est un conflit d’intérêt flagrant pour les
services d’adoption de prendre la garde d’une jeune fille enceinte »,
prétend-elle.
| Photo illustrative. Des adolescentes israéliennes d’origine éthiopienne prennent part aux célébrations de la fête du Sigd sur une colline donnant sur Jérusalem, le 8 novembre 2007. |
Le ministère des Affaires sociales a répondu à la demande du Times of Israel de commenter les allégations de Aloni-Sadovnik.
En réponse à l’affirmation de l’avocate que
les services sociaux avaient attendu trop longtemps – jusqu’à ce qu’il
soit trop tard pour avorter – pour aider les filles, la porte-parole du
ministère Roni Malkai a dit qu’en règle générale, les grossesses des
filles ne parviennent à la connaissance des services sociaux qu’à un
stade avancé.
« Les filles avec des grossesses non désirées,
en particulier dans des situations dramatiques de viol, refusent
souvent le fait-même de leur grossesse et ne deviennent elles-mêmes
conscientes de leur grossesse qu’à un stade avancé de la grossesse. Ce
n’est seulement alors que la situation peut être connue des autorités
sociales », a déclaré Malkai.
En outre, Malkai a souligné que les
avortements sont autorisés par des commissions médicales dans les
hôpitaux, et que le ministère des Affaires sociales n’intervient
aucunement sur ces questions.
Contredisant les allusions d’ Aloni-Sadovnik
sur une prétendue auberge « secrète » pour filles enceintes, Malkai
évoque un havre de sécurité et d’environnement thérapeutique pour filles
et jeunes femmes enceintes .
Elle a souligné que les filles et les femmes
qui souhaitaient que leurs bébés soient adoptés ont reçu un abri et un
traitement à l’auberge Amirim, laquelle a fermé ses portes en 2004. mais
pas seulement elles.
« Elle était aussi destinée aux les femmes et
aux filles qui craignaient des abus après avoir révélé leur grossesse ou
qui ne savaient pas quoi faire avec leur bébé. Pendant les dernières
années qu’Amirim fonctionnait , seulement 50 % des filles traitées ont
fini par donner leurs bébés à l’adoption », a-t-elle dit.
Malkai a également mis en doute la version
d’Aloni-Sadovnik des événements – selon laquelle les bébés avaient été
enlevés des filles par les services sociaux.
« Le don d’un enfant pour l’adoption n’est pas
une décision des services sociaux, mais plutôt de la mère, et dans
certains cas de la justice », a-t-elle affirmé.
Aloni-Sadovnik a déclaré au Times of Israel
que même si elle détient l’ordonnance du tribunal accordant la garde de
l’une des trois jeunes filles aux services sociaux, elle n’a pas encore
découvert de document signé concernant les adoptions.
Alors qu’Aloni-Sadovnik dit qu’elle va mettre
la pression au maximum pour obtenir la justice pour ses clients, elle va
en même temps garder un œil plus global sur la communauté
israélo-éthiopienne et tous les autres secteurs de la société
israélienne ayant un besoin critique d’aide des services sociaux.
« En fin de compte, ce que j’affirme est qu’il
n’y a tout simplement pas assez de travailleurs sociaux dans ce pays »,
a-t-elle conclu.
Source : The Times of Israel
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