Cette communication a été donnée lors du Colloque organisé par le REPPEA, le 10 Avril au Palais d’Iéna intitulé : « Maltraitances sexuelles,
physiques et psychologiques sur les enfants : mécanisme de défense et
effets de la perversion chez les professionnels » sous le titre :
« Décryptage des processus pervers dans le traitement de l’affaire
d’Outreau ».
Il s’agit de partir d’un constat
concernant cette sordide affaire : la vérité judiciaire des plaignants,
les 12 enfants victimes reconnus comme tels par la Justice, a disparu
des médias et par conséquent de la conscience des politiques et de la
société toute entière. Autre constat : ce qu’il reste dans la mémoire
collective est le mensonge d’enfants carencés susceptibles de ce fait
d’inventer des agressions sexuelles qu’ils n’ont pas subies et qui est
devenu ce que j’ai appelé le storytelling d’Outreau dans mon ouvrage « Outreau la vérité abusée ».
La question qui se pose est : « comment cela a t-il pu se faire et
corrélativement comment cette affaire est-elle devenue un référentiel
catastrophique, la clé de voûte de la régression en matière de
protection de l’enfance ? ».
On a coutume de constater que lorsque l’on traite des agressions sexuelles en institution par exemple, l’environnement court le risque de fonctionner sur le même mode pervers agresseur-agressé. On a eu ici une démonstration de grande ampleur avec les procès d’Outreau et leurs suites.
Nous allons donc nous intéresser au « Comment » et non pas au « Pourquoi » qui relève d’hypothèses et qui ont été évoquées comme telles dans l’ouvrage pré-cité. Ici nous travaillerons à partir des faits constatés et des données réelles et vérifiables.
Un certain nombre de principes et de processus pervers ont été à l’œuvre comme on pourra en juger. C’est la définition de la perversion la plus simple qui sera ici la plus pertinente en ce qu’elle relève du mot latin pervetere, qui signifie renverser. Deux idées en découlent, la première renvoie à la notion d’ « inverser » comme inverser les valeurs et les culpabilités et la seconde à la notion de « mettre sens dessus dessous » à savoir ce qui crée la confusion, le brouillage des messages qui aboutit à une une corruption de la pensée, une désinformation et un déni du réel. Le Bien en tant que valeur universelle est devenu le Mal, c’est ce qui est le plus désastreux en terme de régression de civilisation.
Pour clarifier la démonstration, je proposerais d’envisager l’analyse de ces processus pervers à partir de leur support, trois sont à relever durant et après les procès de Saint -Omer et de Paris :
- Le support de la configuration des lieux de la salle d’assises
- Le support de l’image télévisée du premier procès télé-réalité de la Justice française
- Le support de la rhétorique en référence aux lois de la communication.
I-Le support de la configuration de la salle d’assises : l’inversion des statuts plaignant-accusé et donc le renversement pervers des culpabilités.
De manière exceptionnelle et invraisemblable, et pour des raisons budgétaires, on n’a pas loué une grande salle pour reproduire la configuration classique d’une salle d’assises.
Les enfants, faute de place, étaient installés dans le box des accusés et les accusés dans la salle d’audience avec leurs avocats et les journalistes, avec qui s’était instauré un travail d’équipe selon les dépositions du Procureur Eric Maurel. Ils étaient spectateurs de leur procès. La liturgie symbolique qui structure la pensée binaire, le bien le mal et qui place donc les accusés dans le lieux destiné à les recevoir, n’a pas été respectée. Omerta des médias sur cette aberration structurelle.
De manière attendue, les enfants ont été interrogés comme s’ils étaient les coupables de l’affaire... coupables d’avoir dénoncé des innocents. Il y a eu déni de leur condition de plaignants mais aussi de leur condition d’enfants. On a pris moult précautions après moult formations pour recueillir la parole de l’enfant en respectant sa spécificité psychologique et victimologique et les enfants d’Outreau se sont retrouvés dans la cage aux lions. Il faut savoir qu’ils ont été interrogés comme s’ils étaient à armes psychiques égales avec les adultes, spécialistes de la rhétorique. De surcroît, ils ont été interrogés par 17 avocats durant plusieurs heures. Le Haka des All black à côté de cela ce n’est rien a témoigné Me Pouille-Deldicque dans le film documentaire de Serge Garde « Outreau, l’autre vérité ». Aucun média n’y a trouvé à redire tant la configuration avait inversé l’ordre naturel du déroulement d’un procès.
Dans le rapport de la commission parlementaire on trouve en substance : « Grâce à l’interrogatoire contradictoire des avocats de la défense, la fragilité des déclarations des enfants a pu être démontrée ». Les avocats de la défense sont devenus les spécialistes de la parole des enfants et en l’occurrence de la détection de leurs prétendus mensonges.
De manière attendue, les témoins ont été mis en accusation, tout comme les experts. Le summum a été atteint au moment où il y a eu un procès dans le procès et ou un professeur de Psychologie a fait l’objet de deux plaintes solennellement déposées par plus d’une dizaine d’avocats en défilé devant le président, plaintes qui ont provoqué des réquisitions de l’avocat général et un délibéré. Il s’agissait d’une plainte auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour atteinte à l’équité du procès pour avoir écrit dans le courrier des lecteur du journal Le Monde ses impressions sur les invraisemblances du procès. Or la défense régentait seule la communication devant les caméras. Personne ne réclamait la symétrie du contradictoire... personne ne s’est aperçu qu’il n’existait pas - en l’absence du poste non encore créé - un magistrat chargé de la communication.
Le professeur Jean-Luc Viaux, responsable d’un DU expertises, a par ailleurs fait l’objet d’une demande de radiation de son inscription d’Expert devant la Cour de cassation. Il s’agissait bien sûr d’une stratégie de culpabilisation officialisée pour réduire la combativité bien connue d’un ancien Président du Syndicat des Psychologues.
II-Le support de l’image télévisée : la Justice télé-réalité a renforcé l’inversion des culpabilités.
Les images ont eu une force de conviction jamais atteinte car jamais utilisées de la sorte durant un procès d’assises, il s’agit du premier procès télé-réalité de l’histoire de la Justice française. On a donc eu l’inversion des culpabilités déjà installée dans la configuration intérieure du procès accessible aux journalistes et à l’extérieur elle s’est renforcée avec la puissance des images qui parlent à l’émotion et non pas à la raison.
Un certain nombre de personnages ont envahi le petit écran : les accusés, Myriam
Badaoui, les experts, le juge d’instruction.... les enfants, du fait de leur minorité n’ont pu incarner leur image d’êtres vulnérables et en grande souffrance, or dans un procès téléréalité la souffrance qui ne peut s’incarner à l’image, n’existe pas. Effet pervers de la protection de l’image des enfants.
- Les accusés mais pas les enfants :
On sait que les images des larmes des accusés passées en boucle ont crée une sorte d’hypnose traumatique d’autant qu’elles étaient accompagnées d’une injonction d’identification « Cela peut vous arriver à tous ». Elle sont devenues des pièges à conviction car les accusés sont devenus les victimes ils ont occupé tout l’espace victimaire. Ils souffraient ils étaient donc victimes, ils ne pouvaient plus être coupables, la Justice est binaire. D’ailleurs, l’huissier Marécaux a publié un livre entre les deux procès après sa condamnation en première instance et avant son acquittement en appel qui était intitulé « Mon erreur judiciaire » et dont le sous titre édifiant était : « Victime de l’affaire d’Outreau ».
Les 15 enfants reconnus victimes aux assises de Staint-Omer, ne sont pas apparus à la télévision mais ce qui a fait consensus après le premier procès à St Omer a été le problème du recueil de la parole de l’enfant alors que les 15 enfants étaient reconnus victimes de viols, agressions sexuelles, corruption de mineurs et proxénétisme.
La création d’une commission (commission Viout) pour travailler sur le recueil de la parole de l’enfant a enfoncé le clou, alors que les experts ne s’étaient pas trompés :
leur parole a été recueillie par 7 experts qui ont tous abouti aux mêmes conclusions. L’absurde a fait bon ménage avec la perversion.
- Myriam Badaoui
Parmi les accusés condamnés, on connaît le visage de Myriam Badaoui, sa présence envahissante et en boucle en a fait un sujet principal du procès, elle est devenue stratégiquement pour la défense, la seule accusatrice alors que 4 autres accusés avaient révélé la présence d’un grand nombre de personnes tout comme les enfants victimes. Désinformation obtenue par l’envahissement de sa présence à l’image.
- Les experts et le Juge d’instruction
On a vu les images des experts et les images punitives du juge qui envahissaient également tout l’espace médiatique de l’inversion des culpabilités. Le juge et les experts étaient plus mauvais sujets que les 4 personnes condamnées pour viols sur mineurs dont deux ont écopé de 15 et 20 années de réclusion criminelle. On ne connaît pas le visage du violeur d’enfant qui pourra refaire sa vie une fois libéré, ce qui ne sera jamais le cas de Fabrice Burgaud, ce professionnel de la Justice qui n’a commis aucune faute selon les inspecteurs de la commission d’enquête judiciaire. Juges et Experts sont devenus les coupables de substitution qui ont canalisé toutes les peurs et les rancœurs d’une foule irrationnelle transformée en meute. (Gustave LEBON)
Le juge transformé en bouc émissaire, condition définitivement provoquée par les images de la commission parlementaire était un « thérapeute toxique » ( Boris Cyrulnik) pour la société car on a oublié les enfants reconnus victimes qu’il a sauvés. Et depuis « Outreau » on ne croit plus les enfants qui révèlent des agressions sexuelles, ce qui a provoqué une régression de civilisation ne parvenant plus à canaliser la perversion sexuelle.
.
- La journaliste de « La Méprise » Florence Aubenas
Florence Aubenas a eu un rôle très important en terme d’image : elle, l’otage adulée et qui revient avec le livre de la vérité « La méprise ». Or il est truffé de contre-vérités (Voir l’article de l’ancien Président des assises Michel Gasteau sur Village de la Justice [article de Micher Gasteau :] ) ne serait-ce que de décrire les accusés dans le box (des accusés) alors que ce sont les enfants qui y étaient installés. Le fait qu’elle ait violé le secret de l’instruction des mois avant le procès n’a pas jeté l’opprobre sur sa déontologie car l’image de son visage radieux sortant de l’avion suite à sa libération, non seulement l’a rendue crédible mais aussi intouchable. Ce qui est normalement répréhensible ne l’est plus.
- Le Procureur Général Yves Bot et les acquittés
Il a présenté des excuses aux accusés avant le délibéré du jury populaire, bafouant les règles de la justice souveraine. Les images des accusés acquittés reçus par les plus hautes autorités de l’Etat ont balayé ce grave manquement, le Mal est devenu le Bien, la perversion a fait intrusion dans le fonctionnement démocratique.
Ce sont bien ces images traumatiques de la télé-réalité qui ont inondé d’émotion et anesthésié le rationnel et qui n’ont pas permis une lecture objective et cognitive de la situation. Elles ont créé un tel climat d’inversion des culpabilités et de désinformation que le raffinement des procédés rhétorique perverse ne pouvait plus être décodé.
III-Le support de la rhétorique perverse :
La rhétorique perverse a accompagné les images déjà évoquées. Le cognitif n’avait plus de prise, les techniques relevaient souvent de la défense, mais elles étaient reprises par les médias sans pédagogie tant les stratégies étaient devenues non pas ligne de défense, mais Vérité vraie.
Parlons rapidement de la Dissonance cognitive qui renvoie à ce qui choque nos convictions profondes. Ainsi, que des enfants soient coupables d’une telle malignité était une réalité vraiment difficile à intégrer : c’était tellement inhabituel que le « calvaire des innocents », un titre de Florence Aubenas dans le Nouvel Obs entre les deux procès, s’applique à des adultes, dont on a réduit la dissonance cognitive en les rendant différents des autres. Ce ne sont pas Tous les enfants qui sont capables d’une telle dangerosité vis à vis des adultes, ce ne sont pas les Nôtres en tous les cas, se sont juste les enfants carencés. Ce storytelling attendu et fédérateur a pu s’installer grâce à l’intervention salvatrice d’un expert qui n’avait pas examiné les enfants. L’absurdité paradoxale permise par le brouillage des messages n’a pas été repérée et l’on a admis sans rechigner que des enfants surpuissants et pourtant carencés puissent réussir à tromper 7 experts et 65 magistrats.
Le storytelling de l’enfant carencé étant toutefois insuffisant pour expliquer un tel désastre, il a bien fallu réactualiser les fantasmes d’enfants diaboliques issus des temps révolus.
Sont venues à la rescousse dans une sorte de dynamisme explicatif, un certain nombre de techniques perverses, qui brouillent les messages avec un sérieux en trompe l’œil, celle des références piégées, puis des mots piégés pour reprendre les terme de Philippe Breton dans « La parole manipulée ». Il s’agit de réveiller le souvenir bouleversant lié à un événement et de garder cette charge émotionnelle qui va se transférer par analogie et amalgame à un autre événement, en l’occurrence sur l’événement Outreau.
Nous dénombrons 5 techniques que l’on peut qualifier de perverses au regard de la définition retenue.
1- La technique des références piégées :
Les références piégées ont pu être évoquées sans malignité comme l’a fait Denis Salas dans son ouvrage « Les nouvelles sorcières de Salem, leçons d’Outreau ». Elles ont contribué à réveiller ce fantasme de l’enfant diabolique :
C’est la référence à ce fait divers qui montre une folie sociétale liée à des dénonciations ayant eu de graves conséquences, puisque les adultes accusés de sorcellerie par des adolescentes diaboliques, furent grillés sur le bûcher. Les enfants d’Outreau ont été comparés à ces adolescentes irresponsables. Or les chercheurs qui se sont intéressés aux procès en sorcellerie ont montré que le grand responsable de la folie ambiante était l’ergot de seigle qui provoque des troubles hallucinatoires.
Autre référence utilisée de manière erronée, celle qui concerne Marie Antoinette et son fils Louis XVII. Celui-ci aurait accusé sa mère d’inceste car, nous a t-on expliqué, il avait été, comme les enfants d’Outreau, privé de soins, séparé de sa famille et avait subi des maltraitances. Il est fait allusion aux enfants qui ont été placés par les services de l’Aide à l’Enfance suites aux révélations de viols... et non pas incarcérés par des révolutionnaires comme le fut le jeune prince.
Suite ici
On a coutume de constater que lorsque l’on traite des agressions sexuelles en institution par exemple, l’environnement court le risque de fonctionner sur le même mode pervers agresseur-agressé. On a eu ici une démonstration de grande ampleur avec les procès d’Outreau et leurs suites.
Nous allons donc nous intéresser au « Comment » et non pas au « Pourquoi » qui relève d’hypothèses et qui ont été évoquées comme telles dans l’ouvrage pré-cité. Ici nous travaillerons à partir des faits constatés et des données réelles et vérifiables.
Un certain nombre de principes et de processus pervers ont été à l’œuvre comme on pourra en juger. C’est la définition de la perversion la plus simple qui sera ici la plus pertinente en ce qu’elle relève du mot latin pervetere, qui signifie renverser. Deux idées en découlent, la première renvoie à la notion d’ « inverser » comme inverser les valeurs et les culpabilités et la seconde à la notion de « mettre sens dessus dessous » à savoir ce qui crée la confusion, le brouillage des messages qui aboutit à une une corruption de la pensée, une désinformation et un déni du réel. Le Bien en tant que valeur universelle est devenu le Mal, c’est ce qui est le plus désastreux en terme de régression de civilisation.
Pour clarifier la démonstration, je proposerais d’envisager l’analyse de ces processus pervers à partir de leur support, trois sont à relever durant et après les procès de Saint -Omer et de Paris :
- Le support de la configuration des lieux de la salle d’assises
- Le support de l’image télévisée du premier procès télé-réalité de la Justice française
- Le support de la rhétorique en référence aux lois de la communication.
I-Le support de la configuration de la salle d’assises : l’inversion des statuts plaignant-accusé et donc le renversement pervers des culpabilités.
De manière exceptionnelle et invraisemblable, et pour des raisons budgétaires, on n’a pas loué une grande salle pour reproduire la configuration classique d’une salle d’assises.
Les enfants, faute de place, étaient installés dans le box des accusés et les accusés dans la salle d’audience avec leurs avocats et les journalistes, avec qui s’était instauré un travail d’équipe selon les dépositions du Procureur Eric Maurel. Ils étaient spectateurs de leur procès. La liturgie symbolique qui structure la pensée binaire, le bien le mal et qui place donc les accusés dans le lieux destiné à les recevoir, n’a pas été respectée. Omerta des médias sur cette aberration structurelle.
De manière attendue, les enfants ont été interrogés comme s’ils étaient les coupables de l’affaire... coupables d’avoir dénoncé des innocents. Il y a eu déni de leur condition de plaignants mais aussi de leur condition d’enfants. On a pris moult précautions après moult formations pour recueillir la parole de l’enfant en respectant sa spécificité psychologique et victimologique et les enfants d’Outreau se sont retrouvés dans la cage aux lions. Il faut savoir qu’ils ont été interrogés comme s’ils étaient à armes psychiques égales avec les adultes, spécialistes de la rhétorique. De surcroît, ils ont été interrogés par 17 avocats durant plusieurs heures. Le Haka des All black à côté de cela ce n’est rien a témoigné Me Pouille-Deldicque dans le film documentaire de Serge Garde « Outreau, l’autre vérité ». Aucun média n’y a trouvé à redire tant la configuration avait inversé l’ordre naturel du déroulement d’un procès.
Dans le rapport de la commission parlementaire on trouve en substance : « Grâce à l’interrogatoire contradictoire des avocats de la défense, la fragilité des déclarations des enfants a pu être démontrée ». Les avocats de la défense sont devenus les spécialistes de la parole des enfants et en l’occurrence de la détection de leurs prétendus mensonges.
De manière attendue, les témoins ont été mis en accusation, tout comme les experts. Le summum a été atteint au moment où il y a eu un procès dans le procès et ou un professeur de Psychologie a fait l’objet de deux plaintes solennellement déposées par plus d’une dizaine d’avocats en défilé devant le président, plaintes qui ont provoqué des réquisitions de l’avocat général et un délibéré. Il s’agissait d’une plainte auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour atteinte à l’équité du procès pour avoir écrit dans le courrier des lecteur du journal Le Monde ses impressions sur les invraisemblances du procès. Or la défense régentait seule la communication devant les caméras. Personne ne réclamait la symétrie du contradictoire... personne ne s’est aperçu qu’il n’existait pas - en l’absence du poste non encore créé - un magistrat chargé de la communication.
Le professeur Jean-Luc Viaux, responsable d’un DU expertises, a par ailleurs fait l’objet d’une demande de radiation de son inscription d’Expert devant la Cour de cassation. Il s’agissait bien sûr d’une stratégie de culpabilisation officialisée pour réduire la combativité bien connue d’un ancien Président du Syndicat des Psychologues.
II-Le support de l’image télévisée : la Justice télé-réalité a renforcé l’inversion des culpabilités.
Les images ont eu une force de conviction jamais atteinte car jamais utilisées de la sorte durant un procès d’assises, il s’agit du premier procès télé-réalité de l’histoire de la Justice française. On a donc eu l’inversion des culpabilités déjà installée dans la configuration intérieure du procès accessible aux journalistes et à l’extérieur elle s’est renforcée avec la puissance des images qui parlent à l’émotion et non pas à la raison.
Un certain nombre de personnages ont envahi le petit écran : les accusés, Myriam
Badaoui, les experts, le juge d’instruction.... les enfants, du fait de leur minorité n’ont pu incarner leur image d’êtres vulnérables et en grande souffrance, or dans un procès téléréalité la souffrance qui ne peut s’incarner à l’image, n’existe pas. Effet pervers de la protection de l’image des enfants.
- Les accusés mais pas les enfants :
On sait que les images des larmes des accusés passées en boucle ont crée une sorte d’hypnose traumatique d’autant qu’elles étaient accompagnées d’une injonction d’identification « Cela peut vous arriver à tous ». Elle sont devenues des pièges à conviction car les accusés sont devenus les victimes ils ont occupé tout l’espace victimaire. Ils souffraient ils étaient donc victimes, ils ne pouvaient plus être coupables, la Justice est binaire. D’ailleurs, l’huissier Marécaux a publié un livre entre les deux procès après sa condamnation en première instance et avant son acquittement en appel qui était intitulé « Mon erreur judiciaire » et dont le sous titre édifiant était : « Victime de l’affaire d’Outreau ».
Les 15 enfants reconnus victimes aux assises de Staint-Omer, ne sont pas apparus à la télévision mais ce qui a fait consensus après le premier procès à St Omer a été le problème du recueil de la parole de l’enfant alors que les 15 enfants étaient reconnus victimes de viols, agressions sexuelles, corruption de mineurs et proxénétisme.
La création d’une commission (commission Viout) pour travailler sur le recueil de la parole de l’enfant a enfoncé le clou, alors que les experts ne s’étaient pas trompés :
leur parole a été recueillie par 7 experts qui ont tous abouti aux mêmes conclusions. L’absurde a fait bon ménage avec la perversion.
- Myriam Badaoui
Parmi les accusés condamnés, on connaît le visage de Myriam Badaoui, sa présence envahissante et en boucle en a fait un sujet principal du procès, elle est devenue stratégiquement pour la défense, la seule accusatrice alors que 4 autres accusés avaient révélé la présence d’un grand nombre de personnes tout comme les enfants victimes. Désinformation obtenue par l’envahissement de sa présence à l’image.
- Les experts et le Juge d’instruction
On a vu les images des experts et les images punitives du juge qui envahissaient également tout l’espace médiatique de l’inversion des culpabilités. Le juge et les experts étaient plus mauvais sujets que les 4 personnes condamnées pour viols sur mineurs dont deux ont écopé de 15 et 20 années de réclusion criminelle. On ne connaît pas le visage du violeur d’enfant qui pourra refaire sa vie une fois libéré, ce qui ne sera jamais le cas de Fabrice Burgaud, ce professionnel de la Justice qui n’a commis aucune faute selon les inspecteurs de la commission d’enquête judiciaire. Juges et Experts sont devenus les coupables de substitution qui ont canalisé toutes les peurs et les rancœurs d’une foule irrationnelle transformée en meute. (Gustave LEBON)
Le juge transformé en bouc émissaire, condition définitivement provoquée par les images de la commission parlementaire était un « thérapeute toxique » ( Boris Cyrulnik) pour la société car on a oublié les enfants reconnus victimes qu’il a sauvés. Et depuis « Outreau » on ne croit plus les enfants qui révèlent des agressions sexuelles, ce qui a provoqué une régression de civilisation ne parvenant plus à canaliser la perversion sexuelle.
.
- La journaliste de « La Méprise » Florence Aubenas
Florence Aubenas a eu un rôle très important en terme d’image : elle, l’otage adulée et qui revient avec le livre de la vérité « La méprise ». Or il est truffé de contre-vérités (Voir l’article de l’ancien Président des assises Michel Gasteau sur Village de la Justice [article de Micher Gasteau :] ) ne serait-ce que de décrire les accusés dans le box (des accusés) alors que ce sont les enfants qui y étaient installés. Le fait qu’elle ait violé le secret de l’instruction des mois avant le procès n’a pas jeté l’opprobre sur sa déontologie car l’image de son visage radieux sortant de l’avion suite à sa libération, non seulement l’a rendue crédible mais aussi intouchable. Ce qui est normalement répréhensible ne l’est plus.
- Le Procureur Général Yves Bot et les acquittés
Il a présenté des excuses aux accusés avant le délibéré du jury populaire, bafouant les règles de la justice souveraine. Les images des accusés acquittés reçus par les plus hautes autorités de l’Etat ont balayé ce grave manquement, le Mal est devenu le Bien, la perversion a fait intrusion dans le fonctionnement démocratique.
Ce sont bien ces images traumatiques de la télé-réalité qui ont inondé d’émotion et anesthésié le rationnel et qui n’ont pas permis une lecture objective et cognitive de la situation. Elles ont créé un tel climat d’inversion des culpabilités et de désinformation que le raffinement des procédés rhétorique perverse ne pouvait plus être décodé.
III-Le support de la rhétorique perverse :
La rhétorique perverse a accompagné les images déjà évoquées. Le cognitif n’avait plus de prise, les techniques relevaient souvent de la défense, mais elles étaient reprises par les médias sans pédagogie tant les stratégies étaient devenues non pas ligne de défense, mais Vérité vraie.
Parlons rapidement de la Dissonance cognitive qui renvoie à ce qui choque nos convictions profondes. Ainsi, que des enfants soient coupables d’une telle malignité était une réalité vraiment difficile à intégrer : c’était tellement inhabituel que le « calvaire des innocents », un titre de Florence Aubenas dans le Nouvel Obs entre les deux procès, s’applique à des adultes, dont on a réduit la dissonance cognitive en les rendant différents des autres. Ce ne sont pas Tous les enfants qui sont capables d’une telle dangerosité vis à vis des adultes, ce ne sont pas les Nôtres en tous les cas, se sont juste les enfants carencés. Ce storytelling attendu et fédérateur a pu s’installer grâce à l’intervention salvatrice d’un expert qui n’avait pas examiné les enfants. L’absurdité paradoxale permise par le brouillage des messages n’a pas été repérée et l’on a admis sans rechigner que des enfants surpuissants et pourtant carencés puissent réussir à tromper 7 experts et 65 magistrats.
Le storytelling de l’enfant carencé étant toutefois insuffisant pour expliquer un tel désastre, il a bien fallu réactualiser les fantasmes d’enfants diaboliques issus des temps révolus.
Sont venues à la rescousse dans une sorte de dynamisme explicatif, un certain nombre de techniques perverses, qui brouillent les messages avec un sérieux en trompe l’œil, celle des références piégées, puis des mots piégés pour reprendre les terme de Philippe Breton dans « La parole manipulée ». Il s’agit de réveiller le souvenir bouleversant lié à un événement et de garder cette charge émotionnelle qui va se transférer par analogie et amalgame à un autre événement, en l’occurrence sur l’événement Outreau.
Nous dénombrons 5 techniques que l’on peut qualifier de perverses au regard de la définition retenue.
1- La technique des références piégées :
Les références piégées ont pu être évoquées sans malignité comme l’a fait Denis Salas dans son ouvrage « Les nouvelles sorcières de Salem, leçons d’Outreau ». Elles ont contribué à réveiller ce fantasme de l’enfant diabolique :
C’est la référence à ce fait divers qui montre une folie sociétale liée à des dénonciations ayant eu de graves conséquences, puisque les adultes accusés de sorcellerie par des adolescentes diaboliques, furent grillés sur le bûcher. Les enfants d’Outreau ont été comparés à ces adolescentes irresponsables. Or les chercheurs qui se sont intéressés aux procès en sorcellerie ont montré que le grand responsable de la folie ambiante était l’ergot de seigle qui provoque des troubles hallucinatoires.
Autre référence utilisée de manière erronée, celle qui concerne Marie Antoinette et son fils Louis XVII. Celui-ci aurait accusé sa mère d’inceste car, nous a t-on expliqué, il avait été, comme les enfants d’Outreau, privé de soins, séparé de sa famille et avait subi des maltraitances. Il est fait allusion aux enfants qui ont été placés par les services de l’Aide à l’Enfance suites aux révélations de viols... et non pas incarcérés par des révolutionnaires comme le fut le jeune prince.
Suite ici

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire